1914 -1918

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1914

A la veille de la guerre 14, Chartainvilliers, dont le lent déclin démographique est amorcé depuis un siècle, compte 306 habitants. Il n’en sera dénombré que 264 au recensement de 1921. Entre temps, la Grande faucheuse aura fait son oeuvre et 24 hommes verront leur nom inscrit sur le monument aux morts du village inauguré en 1921

Un vie locale animée …

Dans les années qui ont précédé l’an 1914, la vie municipale locale a été animée. Ainsi, en 1911, après la démission de Victor DAUVILLIERS, Maire élu en 1908, il faudra trois conseils municipaux (30 avril, 14 mai et 2 juillet) pour pourvoir à son remplacement par … lui-même.

En octobre 1911, il sera procédé à une élection municipale partielle suite à la démission de cinq conseillers, soit la moitié des membres du Conseil.

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Mais la crise municipale couve jusqu’au scrutin municipal de mai 1912, ou M. TOUCHARD Edouard, qui avait en avril 1911 refusé son élection comme Maire, l’accepte cette fois ci.

… par le souci d’améliorer le quotidien

Les raisons de cette bataille locale en est le creusement d’un nouveau puits et l’installation de l’eau courante dans le village. Lors de la séance du Conseil municipal de février 1914, celui-ci décide d’approuver le devis définitif proposé par la maison Brochet, soit 9 222 F, pour le forage d’un puits. Par délibération du 3 juillet 1914, un crédit spécifique de 7 135 F., financé par un emprunt de même montant auprès du Crédit Foncier, sera inscrit au budget pour l’établissement d’un service d’eau potable. En outre, par application de la loi de Finances du 31 mars 1903 qui a autorisé un prélèvement spécial sur les fonds du pari mutuel en vue de subventionner les travaux communaux d’adduction d’eau potable, le service hydraulique a, au cours de l’année 1913, donné un avis favorable sur le projet présenté par la communes de Chartainvilliers. (p.366 Conseil Général d’Eure-et-Loir 1913 – Rapport des Chefs de service, Rapport de l’Ingénieur en Chef Service Hydraulique).

Soucieux d’améliorer la qualité de vie des habitants, dans sa séance du 13 mars 1914, le conseil municipal donne un avis favorable “à l’installation de l’énergie électrique dans la localité et est certain que ce progrès moderne sera bien accueilli par la population”. Durant le premier semestre 1914, “Ouest Eclair” du 28/05/1914, nous apprend qu’une épidémie de rougeole a éclaté, notamment à Chartainvilliers. De ce fait, sur le plan militaire, “aucune permission ou congé ne sera accordé pour aller dans ces communes. Tous les hommes qui s’y trouvent actuellement en permission ou en congé y seront maintenus jusqu’à nouvel ordre. L’appel de ces hommes sera reporté à une date ultérieure”. 14 maladies contagieuses seront déclarées dans le village durant l’année 1914 (C. Gal 28 rapport de 1915 p.404).

Malgré cette épidémie, trois couples se marient en avril 1914. La même année, deux divorces « aux torts et griefs de la femme avec toutes les conséquences de droit » sont retranscrits dans les actes d’état civil de la Mairie et deux naissances sont enregistrées.

Prémices de guerre

Si les rumeurs de guerre grondent en Europe, la vie n’en continue pas moins son cours. Ainsi, dans le “Concours des Sept merveilles du monde”, organisé par le journal “Le Matin”, “Julien Rouleau de Chartainvilliers, 15 754e lauréat, a gagné un flacon ” Arôme des Fellahs” (Le Matin n°11052 du lundi 1 er juin 1914). Le 28 juin 1914, les événements se précipitent. L’archiduc François-Ferdinand, prince héritier de l’empire austro-hongrois, est assassiné à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) par un nationaliste serbe. Le jeu des alliances va plonger l’Europe dans l’horreur de la guerre. L’Autriche-Hongrie, alliée de l’Allemagne, déclare le 28 juillet 1914 la guerre à la Serbie. Celle-ci fait appel à la Russie, qui est liée, par le traité de la Triple-Entente, à la France et à la Grande-Bretagne.

Au même moment, dans son rapport au Conseil Général en date du 30 juin 1914, le Directeur des Postes dénombre 1664 abonnés au téléphone en Eure et Loir, et 232 cabines téléphoniques en service. A cette même date, alors qu’un bureau téléphonique, chargé en même temps du service télégraphique, vient d’ouvrir à Yermenonville, il précise que l’installation de bureaux de même nature aura lieu à bref délai dans différentes localités, dont : Chartainvilliers, Ecrosnes et Hanches.

Le 3 juillet 1914, le Maire expose au Conseil que l’administration du téléphone demande à ce que son poste d’abonné au téléphone soit réuni au bureau central de Chartainvilliers. Le Conseil accepte à ce que Mr Touchard se relie au poste central de Chartainvilliers et les frais occasionnés par ce changement seront à la charge de la commune. Lors de la même séance, deux familles du village bénéficie de l’attribution des allocations aux familles nécessiteuses des hommes présents sous les drapeaux en temps de guerre.

Le 12 juillet 1914, le Journal Officiel publie l’arrêté du Ministre de l’Intérieur attribuant à M. Beauchet Marie, sapeur pompier à la subdivision de Chartainvilliers, la médaille d’honneur pour avoir constamment fait preuve de dévouement.

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Le 14 juillet 1914 un bal public est organisé dans le village. Du fait de sa mobilisation, l’animateur de celui-ci, M. Régnier Edmond, qui sera tué en 1917, ne remettra à la Mairie sa note de frais de dix francs que le 9 janvier 1916.

« Le 31 juillet 1914, député, directeur fondateur du quotidien L’Humanité et porte-parole d’un courant pacifiste opposé à la guerre, Jean Jaurès est tué, dans un café de Paris, par le militant nationaliste Raoul Villain. Après sa mort, sous l’impulsion du président Raymond Poincarré, l’idée de “l’Union sacrée” face à l’ennemi prévaut à gauche. Ce concept se traduit par une trêve entre les partis politiques de tous bords et par une réconciliation entre la République et l’Eglise, qui envoie les prêtres au front comme aumôniers et brancardiers ». (La Croix 4/01/2014).

Mais la volonté de revanche a été largement développée depuis la défaite de 1870. Ainsi, dans de nombreuses écoles, à l’instar de celle de Chartainvilliers en 1899 (“La Patriote”), sont créées des sociétés de tir scolaires. Sociétés qui ne limitent pas leur action à l’instruction au tir, mais également à enraciner la discipline militaire.mairie_la-patriote

Chartainvilliers et la Beauce d’une manière générale auront eu, quelques années auparavant, un avant goût des combats militaires puisqu’en 1900 des manoeuvres de grandes ampleurs se déroulent dans ses environs.

“Les dernières manoeuvres préparatoires du 4° corps d’armée (division contre division) ont lieu aujourd’hui (9 septembre 1900). En arrivant à Maintenon, dans l’après-midi, nous avons vu rentrer, victorieuse, la 8e division (général de Saint-Julien), qui est partie de Paris il y a quelques jours et qui ayant, il est vrai, une certaine supériorité d’artillerie a repoussé, ce matin, une attaque de la 7° (général Niox), du côté de Châteauneuf-en-Thymerais. La charmante petite ville de Maintenon, avec ses ponts et ses grands arbres verts qui se mirent dans les deux bras de l’Eure, était pleine de mouvement : le 124° régiment d’infanterie, de l’artillerie et des chasseurs, le quartier général de la 8° division d’infanterie, ….. donnait un aspect guerrier à l’ancien lieu de repos de la marquise, amie du grand roi tels, à Saint-Cyr, nos brillants élèves-officiers à l’ancien séjour des jeunes filles qu’elle avait tant aimées. Lundi, toutes les troupes doivent se reposer, pour se préparer à la première période des grandes manoeuvres proprement dites corps d’armée contre corps d’armée, qui commencent mardi 11. Le général de Négrier qui, comme on sait, doit présider à la lutte du 4° contre le 10° corps, a traversé aujourd’hui Maintenon, se dirigeant vers Châteauneuf ; ce soir, le général Sonnois, commandant du 4° corps, a établi son quartier général à Chartainvilliers, à environ 6 kilomètres au sud-ouest de Maintenon”. (Le Temps 11/09/1900 n°14338).

Premiers jours de mobilisation

Mais l’engrenage se met en marche, en pleine moisson, « Samedi

[1er août 1914] vers 4 heures, l’ordre de mobilisation générale est parvenu à Chartres.

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Comme une traînée de poudre, cette nouvelle, qu’on attendait depuis quelques jours, s’est répandue en ville. … Immédiatement, les communications privées, téléphoniques ou télégraphiques, ont été supprimées et l’administration des Postes et des Télégraphes a accompli l’effort considérable de faire parvenir dans presque toutes les communes du département l’ordre de mobilisation immédiate… Dimanche [2 août 1914], pendant que les réservistes et territoriaux commençaient à rejoindre leur corps, a eu lieu la réception des chevaux et voitures par l’armée… A quelques exceptions près, les prix nous ont paru suffisamment rémunérateurs ; dans tous les cas personne de s’est plaint, c’est à peine si un geste de mécontentement a été esquissé par ceux qui avaient estimé leur cheval un prix supérieur à celui payé. Dans les écoles, préparées pour recevoir les troupes, des escouades de soldats travaillent fiévreusement. Capotes, képis, pantalons, équipement militaire étaient apportés dans des voitures réquisitionnées… Des groupes sont arrêtés devant les affiches. On lit à haute voix la proclamation du président de la République à la nation française et on approuve son attitude énergique et correcte. La soirée de dimanche …les abords de la gare étaient envahis par une foule nombreuse venue là pour chercher des nouvelles. Malheureusement celles-ci manquaient… Aujourd’hui, aucun train de voyageurs ne circule. Les lignes de chemin de fer sont spécialement réservées pour les troupes. D’ailleurs tous les employés sont mobilisés… Les hommes touchés par l’ordre de mobilisation arrivent nombreux ; ils se dirigent aussitôt vers leur casernement où ils sont aussitôt habillés et équipés. Tous montrent beaucoup d’entrain… ». (Journal de Chartres 4 août 1914).

Si la crainte de la guerre et de ses conséquences doivent être présentes, une forme d’insouciance et d’allégresse flottent dans le pays. « …, la moisson avait du retard et presque tout le monde était aux champs, sauf nous les jeunes… vers deux heures et demie… voilà les gendarmes qui arrivent au grand trot sur leurs chevaux. Ils vont droit à la mairie. Là, ils trouvent le maître d’école, et le maître ressort avec l’affiche dans les mains, l’affiche blanche avec deux drapeaux en croix : MOBILISATION GENERALE. Le maître nous crie : Allez dire à Achille qu’il sonne la trompette, à Cagé de prendre son tambour. Vous, les gars, sonnez le tocsin… ils ont laissé leurs faucheuses ; les charretiers ont ramené leurs chevaux. Tout ça arrivait à bride abattue. Tout ça s’en venait de la terre. Tout le monde arrivait devant la Mairie. Un attroupement. Ils avaient tout laissé. En pleine moisson, tout est resté là. Des centaines de gens devant la mairie. … On voyait que les hommes étaient prêts.
- Et toi, quand donc tu pars ?
- Je pars le deuxième jour.
- Moi, le troisième jour.
- Moi, le vingt-cinquième jour.
- Oh, t’iras jamais. On sera revenu. …

Tu aurais vu les gars. C’était quasiment une fête, cette musique là. C’était la Revanche. On avait la haine des Allemands. Ils étaient venus à St-Loup, en 70… Dans l’ensemble, le monde a pris la guerre comme un plaisir. Ils sont partis le lundi. Ils ont laissé leur travail et leur bonne femme comme rien du tout. Le monde était patriote comme un seul homme. Ils parlaient du 75 et du fusil Lebel : à un kilomètre, tu tues un bonhomme. Achille Pommeret, sa femme était malade d’accoucher ; il a pris le tramway à la Bourdinière ; il a pas voulu savoir si c’était un gars ou une fille. ». (extraits de Ephraïm Grenadou/Alain Prévost. Grenadou, paysan français Seuil, réédition, 1978, p.63-64).

3 août 1914 : l’Allemagne déclare la guerre à la France

Après avoir déclaré la guerre à la Russie le 1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914. La Grande-Bretagne rentre à son tour dans le conflit le 4 août.

L’affaire de la laiterie MAGGI

Alors que la mobilisation se met en place, les appelés de Chartainvilliers se rendent à leur centre de recrutement de Dreux. Ils y accèdent par la voie ferrée Maintenon-Dreux ouverte aux voyageurs depuis le 21 août 1887 (elle sera fermée le 20 mai 1940).

Comme souvent en temps de crise, des rumeurs apparaissent sur le comportement des étrangers. Dans le secteur de Maintenon, les agriculteurs qui travaillent pour la laiterie Maggi, propriété d’un industriel suisse, en subissent les conséquences.

Lettre du Président du Syndicat des cultivateurs du rayon de Maintenon adressée au Préfet d’Eure-et-Loir, le 11 août 1914. « Monsieur le Préfet, J’ai l’honneur de vous exposer qu’il y a dans une vingtaine de communes de la région de Maintenon, environ 700 cultivateurs, membres du syndicat, qui ont vendu par contrat le lait à provenir de leurs vaches à la Société Laitière Maggi.

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Or, depuis longtemps des bruits tendancieux circulaient représentant cette société comme étant une société d’espionnage au service de l’Allemagne. Lors de l’ordre de Mobilisation générale, la population parisienne qui exècre tout ce qui est allemand, s’est ruée sur un certain nombre de boutiques et dépôts de cette société laitière, qu’ils ont saccagés. Le résultat fut que le ramassage du lait fut cessé à Maintenon. Le lait manqua à Paris pendant que notre produit nous restait pour compte. Le 8 août, le lait fut ramassé de nouveau au dépôt de Maintenon et continue depuis. Mais cette cessation a fortement impressionné nos populations patriotes et beaucoup de fournisseurs ne veulent plus donner leur lait à cette société, à moins qu’il leur soit prouvé que ce n’est pas une société allemande. C’est pourquoi, je prie Monsieur le Préfet, de bien vouloir présenter à Monsieur le Ministre de l’intérieur, mon humble requête et le prier de nous répondre si les cultivateurs du rayon de Maintenon peuvent continuer d’avoir confiance dans la société Laitière Maggi… Le Président du Syndicat de Maintenon Signé : Gaouabault Cultivateur à Théléville, commune de Bouglainval Par Maintenon. Eure-et-Loir ». (Archives départementales d’Eure-et-Loir M 29, cité p. 15 L’Eure-et-Loir Pendant la Première Guerre Mondiale par JC Farcy CDDP d’Eure et Loir 4e trim 1981)

Dans ce contexte agité, sous la Présidence de l’Adjoint du fait de la mobilisation du Maire, en août 1914, le conseil municipal continue à administrer les affaires communales et décide qu’un cours d’adultes (pour l’apprentissage de l’écriture et de la lecture) sera ouvert pendant l’hiver 1914-15, dans ce but, il inscrit 100 F au budget (dont 25 F pour le chauffage) et sollicite une subvention de l’Etat.

Fin août 1914 : l’armée allemande à 50 kilomètres de Paris

Mais rapidement, les événements militaires tournent à la quasi déroute. L’Allemagne frappe d’abord la Belgique avant de déferler sur la France pour tenter de prendre Paris par l’Ouest. Fin août, les armées allemandes occupent entièrement les Ardennes, partiellement le Nord-Pas de Calais et la Picardie. Elles sont à Senlis, dans l’Oise, à moins de 50 kilomètres de la capitale. Le 30 août quelques bombes sont lâchées sur Paris par l’aviation ennemie. Le 2 septembre, le gouvernement s’installe à Bordeaux. Début septembre 1914, une contre offensive des troupes françaises et britanniques permet de stopper l’avancée allemande et les contraint au repli dans l’Aisne.

Première bataille de la Marne et ses célèbres taxis parisiens réquisitionnés.

“Les taxis parisiens ont-ils vraiment permis de sauver la situation lors de la bataille de la Marne ? Christophe Gué : Les taxis ont transporté seulement cinq bataillons, qui n’ont pas combattu. Mais ils ont été employés en seconde ligne pendant la bataille de l’Ourcq, épisode clé pendant lequel l’action de la 6e armée française sur les arrières de la Ière armée allemande a provoqué sa volte-face et l’a amenée à se désolidariser de la IIème armée. Inquiète de la brèche ainsi créée, la direction suprême allemande a ordonné la retraite. Les taxis de “la Marne” se prêtaient donc bien à une mise en scène faisant d’eux le symbole d’une France capable de se ressaisir dans les pires circonstances C.G. : Pendant ces premiers mois, la guerre telle qu’on l’imaginait n’a pas résisté au choc de la réalité. En dépit des prescriptions des règlements parus depuis 1904, les troupes sont parties en campagne comme à ces grandes manoeuvres où les rares tirs à blanc de canons bien en vue ne les incitaient pas à s’abriter. Subitement, elles ont été prises sous le feu de batteries et de mitrailleuses invisibles. La réalité a eu plus de peine à atteindre les “jeunes Turcs” du grand quartier général (GQG) et des QG d’armées. En position de force depuis l’affaiblissement du haut commandement consécutif à l’affaire Dreyfus, ces officiers d’état-major ambitieux étaient possédés par la mystique de l’offensive. Sans l’action de généraux comme Castelnau ou Lanrezac, le désastre aurait sans doute été total. C.G. : Près du sixième des Français tués pendant la Grande Guerre l’ont été en août et septembre 1914 ! La puissance de destruction des armes modernes face aux “pantalons rouges” rendait inévitable de lourdes pertes. L’Etat-major du général Joffre les a aggravées en sous estimant les effets du feu, à l’instar du service de santé qui prévoyait 85% de blessures légères par balles. (Entretien avec le Lieutenant-colonel Christophe Gué du Service Historique de la Défense, Chargé de cours à l’école de Guerre dans Dossier La Croix du 4/01/2014)

Septembre 1914 : Premiers morts pour Chartainvilliers

C’est le 16 septembre 1914 que le premier habitant de Chartainvilliers, ISAMBERT Victor, soldat au 301e Régiment d’Infanterie, “Mort pour la France”,est “tué à l’ennemi” à l’âge de 29 ans à Vaux-Marie dans la Meuse.

Les combats de Vaux-Marie opposent, du 7 septembre 1914 au 10 septembre 1914 pendant la Première Guerre mondiale, le 6e corps de la 3e armée française du général Sarrail au 13e corps de la 5e armée allemande commandée par le Kronprinz. Pendant que la bataille de la Marne se déroule plus à l’ouest, la 5e armée allemande tente d’enfoncer les lignes françaises pour empêcher un transfert de troupe vers la Marne et pour tenter d’encercler la place fortifiée de Verdun. Après trois jours de combats particulièrement meurtriers, les troupes françaises réussissent à bloquer l’avance allemande. Le 10 septembre 1914, l’armée du Kronprinz entame un repli de 30 à 40 km pour s’aligner avec les autres armées allemandes. Une partie des combats fut racontée par Maurice Genevoix, sous-lieutenant du 106e RI, dans son livre Sous Verdun. (wikipedia)

Un second, GUIARD Paul, soldat au 102e Régiment d’Infanterie, décédera le 26 septembre 1914 à Margny-aux-Cerises dans l’Oise, à l’âge de 23 ans. Ces deux soldats tués s’ajouteront aux cinq décès enregistrés durant l’année 1914 dans la commune.

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De septembre à novembre 1914, le front s’étend de la mer du Nord à la frontière Suisse. Il va se figer derrières les tranchées creusées par chacune des armées en présence. A la guerre de mouvement se substitue la guerre de position. Le gouvernement quitte Bordeaux pour revenir à Paris le 10 décembre 1914.

Arrêt des travaux de forage pour l’eau et solidarité aux blessés

En cette fin d’année 1914, à Chartainvilliers, en l’absence du Maire, mobilisé pour toute la durée de la guerre, en réponse à une première lettre de M. Brochot, puisatier, qui demande s’il y a lieu de reprendre les travaux de forage du puits qui ont été arrêtés par la mobilisation, le conseil municipal du 8 novembre 1914 répond que : “Vu les circonstances actuelles et les difficultés d’approvisionnement pour l’exécution des travaux (il) décide de laisser les travaux dans l’état actuel et de reprendre les affaires après la guerre. Dans sa séance extraordinaire du 15 décembre 1914, à une nouvelle demande de l’entrepreneur des travaux de forage du puits pour l’eau potable, qui vu les frais de location de moteur et autres, désire reprendre les travaux, L’Adjoint au Maire répond : “j’ai l’honneur de vous informer que les membres présents du conseil municipal ne voient pas d’obstacle à ce que les travaux du forage soient repris. Toutefois, vu les difficultés que vous avez (personnel, approvisionnement, transports), la Commune ne veut supporter aucune charge nouvelle par suite de la reprise du travail et le conseil entend rester strictement dans les clauses et conditions du traité que vous avez signé.” Du fait de cette exigence, le puisatier ne donnera pas suite à son souhait de reprise des travaux.

Lors de la même réunion, le Conseil décide de voter une somme de cinquante francs pour les soldats et évacués belges du camp d’Auvours, d’allouer cent francs, sur le budget communal, en faveur des blessés du département et d’ouvrir parmi la population une souscription.

* * *

Alors que beaucoup voyaient la victoire “au bout du fusil” et pensaient que le conflit serait de courte durée, après la percée qui amène les armées allemandes aux portes de Paris en septembre 1914, il faut bien déchanter. A fin 1914, la Grande Guerre va s’installer dans la durée, et sera la grande broyeuse de vies humaines. Si Chartainvilliers ne compte que deux soldats tués durant ces cinq premiers mois de conflit, il n’en est pas de même au niveau des différents fronts. Du seul coté français, l’année 1914 conduira à la mort, ou à la disparition, de 300 000 personnes, soit à peine moins que l’ensemble des pertes de l’année 1915 (350 000) et nettement plus que l’année 1916 (250 000), 1917 (165 000) ou 1918 (225 000).

“En cause : pas seulement le pantalon garance trop voyant, que le pouvoir civil a refusé de remplacer par souci de faire des économies, mais bien cette obstination à monter à l’assaut baïonnette au clair au mépris du feu…Les leçons de l’échec de ces premières semaines de guerre dans le domaine stratégique ne seront tirées qu’en 1917. Confronté à l’échec, l’état-major, avec le plein accord du pouvoir civil, persévère et sanctionne avec une extrême sévérité ce qui n’apparaît pas dans la ligne. Plusieurs généraux sont limogés. Et bon nombre des 675 fusillés pour refus de combattre de la première guerre mondiale le sont dès 1914-1915.” (Antoine Fouchet dans La Croix du 4/1/2014).

En plus de ces disparitions tragiques, la Grande Guerre va bouleverser considérablement la vie du pays. Les femmes vont remplacer les hommes dans de nombreuses tâches agricoles, mais aussi industrielles. Des prisonniers allemands, mais aussi des réfugiés belges, ou des tunisiens vont être appelés à effectuer une partie des travaux des champs.

1915

« Maintenant tu ne lis pas les journaux.
Mais plus tard, méfie-toi de ceux qui cherchent à te faire croire que les peuples sont chacun d’une espèce différente et qu’il faut qu’il y en ait un qui prédomine le leur ; si c’est vrai pour les uns, c’est vrai pour les autres, et c’est la guerre à perpétuité. »

Henri Barbusse Le Feu

Une année meurtrière

Alors qu’on la voyait rapide et victorieuse, la guerre s’installe et sa cruauté apparaît à tous.

A l’image du pays, où 350 000 morts seront dénombrés, l’année 1915 sera, pour les familles de Chartainvilliers la plus meurtrière des quatre années de guerre. Sur les 24 noms mentionnés sur le monument aux Morts, 8, soit le tiers, le sont au titre de l’année 1915.

Pour éviter de démoraliser les populations civiles, une loi est votée dés le 15 janvier 1915 pour interdire toute exhumation et transfert de corps de militaire mort au front.

Cela fait suite à l’interdiction faite à la presse, par le général Commandant la 4e Région militaire, en octobre 1914, de ne pas publier de listes des tués ou des blessés.

«Tac ! Tac ! Pan ! Les coups de fusil, la canonnade. Au-dessus de nous, partout, ça crépite ou ça roule, par longues rafales ou par coups séparés. Le sombre et flamboyant orage ne cesse jamais, jamais. Depuis plus de quinze mois, depuis cinq cents jours, en ce lieu du monde où nous sommes, la fusillade et le bombardement ne se sont pas arrêtés du matin au soir et du soir au matin. On est enterré au fond d’un éternel champ de bataille ; mais comme le tic-tac des horloges de nos maisons, aux temps d’autrefois, dans le passé quasi légendaire, on n’entend que cela lorsqu’on écoute».

On comprend mieux, dans ces conditions, que cette année 1915 ait pu servir, à partir de notes personnelles rédigées sur le front, de trame au célèbre roman d’Henri Barbusse «Le Feu», Prix Goncourt 1916, dont est extrait le paragraphe précédent.

Ce titre, à lire ou à relire, a d’autant plus sa place dans cette chronique que sa rédaction a été, pour partie, réalisée lors d’une hospitalisation de l’auteur à Courville en 1916.

Peut-être y-a-t-il croisé une habitante de Chartainvilliers, dont le conseil municipal a demandé, en décembre 1915, l’internement à l’hospice des vieillards de cette commune.

Dans cette guerre dévoreuse d’hommes, les blessés sont nombreux et les besoins militaires immenses. Aussi, il convient de soigner au plus vite les moins invalides, pour leur permettre un retour rapide sur le front.

C’est l’une des missions données au département d’Eure-et-Loir. Alors que les structures hospitalières permanentes sont débordées, de nombreux centres de soins temporaires voient le jour dans des institutions collectives ou dans des résidences privées. C’est à la gare de Maintenon, où a été installée une infirmerie, que passe l’immense majorité des évacués du front venant se faire soigner dans le département.

Pour permettre le financement de ces structures, des appels à la générosité sont lancés. Dans sa séance du 8 février 1915, le Conseil municipal de Chartainvilliers décide de voter une somme de cinquante francs pour l’œuvre de la Croix Rouge du Canton de Maintenon.
En novembre de la même année, il alloue une somme de vingt-cinq francs pour subvenir aux énormes dépenses de la Société de secours aux Blessés militaires de l’hôpital auxiliaire n°14 installé 23, Boulevard Chasles à Chartres.
Soit 1,1% des recettes fiscales communales, perçues au titre de 1915, qui s’élevaient à 6 455,42 frs.

La Guerre a besoin d’argent. Pour faire sortir l’or des placards, et le transformer en emprunts, des actions sont menées sous l’égide de la Banque de France. « Garder son or serait aujourd’hui se montrer mauvais français » affirme le Journal de Chartres du 27 septembre 1915. A cette date, l’équivalent de 6,5 millions de frs d’or ont été apportés par les habitants d’Eure-et-Loir, 800 millions de frs au niveau national.

Des progrès en chirurgie

Il arrive que l’horreur engendre des avancées. Ce sera le cas en matière de chirurgie militaire et civile pour la Première Guerre mondiale.
« Au départ, la doctrine était de renvoyer les blessés vers des hôpitaux de leur région d’origine. Mais ils mettaient souvent deux à trois semaines avant d’arriver. Et beaucoup mouraient de la gangrène en cours de route » (Professeur Blanc).
Aussi, , dés la fin de 1914, il fut décidé d’installer des hôpitaux militaires « de l’avant » à proximité du front.

« C’est à cette époque qu’est né un concept, toujours en vigueur aujourd’hui, celui de « triage » ou « catégorisation » des blessés pour les orienter en fonction de leur état ». (Marc Beaumelle, adjoint au Conservateur du Musée Service de Santé des armées à Paris).

Le conflit participa également au développement de l’anesthésie qui, en 1914, était inexistante sur le front.
« De 1915 à 1917, les chirurgiens utilisèrent du chloroforme qui, peu à peu, fut remplacer par l’éther » (M. Beaumelle). Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, dés la fin 1917, les chirurgiens français purent utiliser de nouveaux produits, venus d’outre-Atlantique, en particulier le protoxyde d’Azote.

Pour éviter la propagation de la maladie, une loi du 18 octobre 1915 impose la prise en charge des réformés pour cause de tuberculose dans des structures dédiées.

Suppression de la météo et de l’absinthe

Le 5 février 1915, il est interdit à la presse de publier des bulletins météo, et en mars commencent les premiers rapatriements de civils français des zones occupées par l’Allemagne.

Le 16 du même mois, interdiction de vendre de l’absinthe, ou toute substance spiritueuses de la même famille, afin de permettre une relance de l’économie autour du vin.

Sur le Front, l’enlisement et début d’utilisation des gaz toxiques

Après le « feu vert » donné aux navires français et britanniques pour tenter d’ouvrir un front à l’est et de forcer le passage des détroits des Dardanelles, l’Empire turc, entré en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, oppose une résistance farouche.
Les troupes alliées rembarqueront le 9 janvier 1916.

Le 18 mars 1915, il est décidé de mettre fin aux attaques en Champagne, 100 000 morts pour un gain de … 3 km.

Le 22 mars, des zeppelins allemands bombardent Chantilly dans l’Oise, et le 22 avril, à Langemark, prés d’Ypres,en Belgique, première attaque au gaz chloré.

Le 26 avril 1915, l’Italie signe le pacte de Londres, change de camp et rejoint ainsi la Triple-Entente (France, Grande-Bretagne, Russie). Faisant partie au tout début de la guerre de la Triple-Alliance avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, elle avait, dans un premier temps, opté pour la neutralité.

Le 7 mai 1915, le “Lusitania” est torpillé près de l’Angleterre par un sous-marin allemand (1 198 morts, dont 120 citoyens des Etats-Unis).
Seuls six des vingt-deux canots de sauvetage peuvent être mis à la mer. En un quart d’heure, à peine, ce paquebot ultramoderne, réquisitionné par la Navy en août 1914 et équipé de 12 canons, s’enfonce rapidement par 93 mètres de profondeur.
L’indignation est générale à travers la planète, en dehors des pays des empires centraux.

W. WILSON, souligne immédiatement le décès de nombreux compatriotes américains, pour menacer l’Allemagne d’une entrée en guerre aux côtés de l’Entente.

L’indignation est telle, que l’Empereur d’Allemagne désavoue le capitaine du sous-marin, lui inflige une sanction, décide au mois d’août suivant de suspendre la guerre sous-marine, et d’offrir aux Etats-Unis une indemnité pour les pertes du Lusitania.

Mais l’évidence de l’abomination de l’acte condamné en 1915, a été mise à mal en 1972, lors de l’ouverture des archives.
L’acte de torpillage d’un navire transportant des civils reste condamnable, mais l’Amirauté britannique, et les autorités Américaines ne sont pas exclues de tout reproche.
En effet, le paquebot transportait, en contrebande, 50 tonnes d’obus et de très grandes quantité de poudre et d’explosifs.

A l’intérieur, tout est à réorganiser

Les difficultés d’approvisionnement se développent. De nombreux vols de poules, de légumes, de bovins, mais aussi de céréales sont enregistrés. Ainsi, à Bouglainval, en août 1915, Mme Letellier a constaté que toute sa récolte d’avoine lui a été volée dans un champ. Elle estime la perte à 150 frs, et n’a aucun soupçon sur l’auteur du vol.

Outre, les hommes mobilisés qui font défaut, c’est l’ensemble de la vie sociale, et économique, qu’il faut réorganiser.

Ainsi, le 2 mai, le Conseil municipal de Dreux demande l’octroi de 100 prisonniers de guerre pour les travaux des champs. Deux cents seront alloués pour l’arrondissement de Dreux.

A Chartainvilliers, des soldats permissionnaires sont affectés aux travaux agricoles. Aussi, dans sa séance du 22 août 1915, le Conseil municipal décide de prendre à la charge de la commune les frais de nourriture pour dix soldats venus faire la moisson, et non encore répartis chez les cultivateurs lors de leur arrivée le soir dans la localité.

Outre des soldats mis en permission, des prisonniers, sont mis, à compter du 3 juillet 1915, à disposition de collectivités exclusivement pour des travaux « en vue d’un intérêt général. Ces prisonniers ne doivent donc jamais être mis à la disposition des particuliers » (Règlement du Ministre de la guerre).

En Eure-et-Loir, pour l’agriculture, il est fait également appel à de la main d’oeuvre coloniale et étrangère, notamment des kabyles algériens et des jeunes tunisiens.
Dans les écoles, comme à Chartainvilliers, l’instituteur, est mobilisé sur le front. Sa femme le supplée comme secrétaire de Mairie, et c’est une remplaçante, Mlle LORENT, qui vient donner la leçon aux élèves du village, à partir de la rentrée du 27 septembre 1915.

Avisé par Monsieur FOUCAULT, instituteur titulaire du poste de Chartainvilliers mobilisé, du désir de ne plus continuer à assurer le logement de l’institutrice intérimaire qui le remplace dans la seule chambre disponible du logement occupé par Madame FOUCAULT, [dans notre actuelle Mairie], le Conseil municipal décide de voter, en janvier 1916, à Mlle LORENT, intérimaire, la somme de onze francs par mois comme indemnité représentative de logement due au personnel de l’enseignement public. Cette indemnité est supérieure aux 125 F par an maximum, pouvant être attribués pour une commune de moins de 1 000 habitants.

L’organisation de l’école en temps de guerre

A travers le rapport sur la vie scolaire dans le département depuis la déclaration de guerre, publié dans le journal Le Progrès du 30 janvier 1916, on peut apprendre que la déclaration de guerre eut pour conséquences immédiates l’appel de près de deux cents instituteurs et, dans les localités importantes, la réquisition d’une partie des immeubles scolaires pour des fins diverses…

« Dans l’agglomération de Chartres, la réquisition des écoles fut particulièrement gênante ; jusqu’à Pâques, à cause de l’insuffisance des locaux provisoires, une partie des élèves ne purent bénéficier que de classe de demi-temps.

Le personnel de remplacement qui comprend près de deux cents maîtres et maîtresses est composé d’instituteurs et de quelques institutrices en retraite, quelques instituteurs et un nombre plus élevé d’institutrices réfugiées des départements envahis, des jeunes gens et des jeunes filles qui étaient déjà occupés avant la guerre comme maîtres auxiliaires auxquels sont venus se joindre beaucoup d’autres jeunes gens et jeunes filles brevetés qui souhaitent presque tous rester dans l’enseignement…

Au début des hostilités, des garderies de vacances, assez souvent avec cantine, furent organisées dans beaucoup de communes ; elles rendirent de grands services aux familles en laissant plus de liberté aux adultes et aux adolescents pour les travaux qui pressaient. Quelques jours après la rentrée d’octobre, les jeunes filles des écoles mixtes et des écoles spéciales étaient invitées à confectionner des vêtements chauds pour les soldats du front. Les instituteurs et les institutrices surent trouver l’argent nécessaire à l’achat de la laine et des tissus et les élèves travaillèrent tout l’hiver avec la plus louable ardeur. Dans un arrondissement, le nombre des effets remis à l’inspection primaire s’est élevé à plus de six mille…

Les maîtres et leurs élèves ont été pour beaucoup dans le succès des diverses « journées » qui ont été organisées : Noël aux armées, journée du 75, journée serbe, journée française…

Le nombre des cours d’adultes pour hommes a été réduit de près de moitié… Il en est ainsi à Chartainvilliers, où le Conseil municipal, qui en août 1915 avait demandé des subventions pour la tenue d’un cours d’adultes, dans sa séance du 14 novembre 1915 décide, vu la mobilisation des jeunes classes qui fréquentaient le cours d’adultes et l’importance des travaux de la campagne, qu’il ne sera pas fait de cours d’adultes pendant l’hiver 1915-1916.

Et là où ils furent maintenus, l’objet habituel des cours fut modifié assez profondément… Auditeurs et auditrices furent régulièrement renseignés sur la guerre (cause, faits, espoirs…) ; l’amour de la patrie et la confiance dans ses destinées furent exaltés…

Dans un département essentiellement agricole, l’éducation physique des jeunes gens, généralement robustes, ne devait pas retenir beaucoup les efforts des maîtres ; ils ont eu l’impression d’être plus utiles à la patrie, et collaborer un peu à sa défense, en faisant plus servir les sociétés de tir à la carabine organisée au sein des amicales d’anciens élèves; les séances de tir furent tenues même pendant les mois d’hiver et régulièrement suivies… ».

A Chartainvilliers, rappelons qu’une société de tir “La Patriote”, dont l’instituteur était le Président, existe depuis 1899.

Les animaux aussi sont concernés par la guerre

En plus des hommes, la guerre a grand besoin de nourriture, mais aussi de chevaux et autres bêtes de somme.

Dans l’attente des réquisitions de l’autorité militaire, les animaux sont consignés dans les fermes.
Lorsqu’ils créent des dégâts les propriétaires sont indemnisés.

A Chartainvilliers, dans sa séance du 8 février 1915, le Conseil municipal décide de payer à Madame GUERIN une somme de 21 f. pour des réparations de bris de râteliers faits par des chevaux de mobilisation. Les dépenses, n’ayant pas été constatées par l’autorité militaire, restent moitié à la charge de la commune, moitié à la charge de la propriétaire de la ferme.

Inquiétudes pacifistes

Dans le département, des activités « pacifistes » sont détectées dès février 1915.

A Brou, les gendarmes ont saisi trois cartes postales qui se trouvaient à l’étalage de Mme veuve Thierry, épicière. Mme Thierry avait reçu la visite, dans le courant du mois de janvier, d’une nommée Specht, se disant représentante de la maison « Aux Alliés », 8, rue Cadet, à Paris.

La commerçante avait répondu aux offres de la femme Spetch en achetant 400 cartes postales, mais en outre de celles choisies, elle reçut dernièrement les trois cartes saisies.
Ces cartes portaient les mots : « Il faut lui dire de revenir, la guerre devrait bientôt finir. Quand la guerre sera finie notre bonheur sera infini. Reviens bien vite, reviens bientôt et reçois mille bons bécots. »

A la fin 1915, sur demande du Ministère de l’Intérieur, le Préfet vérifie s’il y a diffusion de propagande pacifiste. En réponse, le Sous-préfet de Nogent-le-Rotrou répond par la négative : « Si des brochures ou tracts ont pu toucher, ce que je ne pense pas, certaines personnes, elles n’ont en rien ébranlé la confiance de nos populations dont le patriotisme et le robuste bon sens résisteraient certainement à toutes tentatives de propagande ».

Dans le même temps, le Sous-préfet de Châteaudun demande au juge de paix de Brou de « donner des instructions verbales et confidentielles… au directeur du Journal de Brou », pour « interdire tous les articles pour ou contre la paix de façon à éviter des polémiques intempestives sur cette question ».

C’est dans ce contexte que s’annonce l’année 1916. Année de la publication, et du Prix Goncourt, du roman d’Henri Barbusse « Le Feu ».

Paroles d’écrivain

Des instituteurs sont sous-officiers à la compagnie ou infirmiers. Dans le régiment, un frère mariste est sergent au service de santé ; un ténor, cycliste du major ; un avocat, secrétaire du colonel ; un rentier, caporal d’ordinaire à la Compagnie Hors Rang. Ici, rien de tout cela. Nous sommes des soldats combattants, nous autres, et il n’y a presque pas d’intellectuels, d’artistes ou de riches qui, pendant cette guerre, auront risqué leurs figures aux créneaux, sinon en passant, ou sous des képis galonnés.

Oui, c’est vrai, on diffère profondément.
Mais pourtant on se ressemble.

Malgré les diversités d’âge, d’origine, de culture, de situation, et de tout ce qui fut, malgré les abîmes qui nous séparaient jadis, nous sommes en grandes lignes les mêmes. À travers la même silhouette grossière, on cache et on montre les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, le même caractère simplifié d’hommes revenus à l’état primitif.
Le même parler, fait d’un mélange d’argots d’atelier et de caserne, et de patois, assaisonné de quelques néologismes, nous amalgame, comme une sauce, à la multitude compacte d’hommes qui, depuis des saisons, vide la France pour s’accumuler au Nord-Est.

Et puis, ici, attachés ensemble par un destin irrémédiable, emportés malgré nous sur le même rang, par l’immense aventure, on est bien forcé, avec les semaines et les nuits, d’aller se ressemblant. L’étroitesse terrible de la vie commune nous serre, nous adapte, nous efface les uns dans les autres.
C’est une espèce de contagion fatale. Si bien qu’un soldat apparaît pareil à un autre sans qu’il soit nécessaire, pour voir cette similitude, de les regarder de loin, aux distances où nous ne sommes que des grains de la poussière qui roule dans la plaine.
On attend. On se fatigue d’être assis : on se lève. Les articulations s’étirent avec des crissements de bois qui joue et de vieux gonds : l’humidité rouille les hommes comme les fusils, plus lentement mais plus à fond.

On est là, implantés, oisifs. Ce sera dur, aujourd’hui, de venir à bout de la journée, de se débarrasser de l’après-midi. On grelotte, on est mal ; on change de place sur place, comme un bétail parqué.
Cocon explique à son voisin la disposition de l’enchevêtrement de nos tranchées. Il a vu un plan directeur et il a fait des calculs. Il y a dans le secteur du régiment quinze lignes de tranchées françaises, les unes abandonnées, envahies par l’herbe et quasi nivelées, les autres entretenues à vif et hérissées d’hommes. Ces parallèles sont réunies par des boyaux innombrables qui tournent et font des crochets comme de vieilles rues. Le réseau est plus compact encore que nous le croyons, nous qui vivons dedans. Sur les vingt-cinq kilomètres de largeur qui forment le front de l’armée, il faut compter mille kilomètres de lignes creuses : tranchées, boyaux, sapes. Et l’armée française a dix armées. Il y a donc, du côté français, environ dix mille kilomètres de tranchées et autant du côté allemand… Et le front français n’est à peu près que la huitième partie du front de la guerre sur la surface du monde.
Ainsi parle Cocon, qui conclut en s’adressant à son voisin :
— Dans tout ça, tu vois ce qu’on est, nous autres…

L’entente des démocraties, l’entente des immensités, la levée du peuple du monde, la foi brutalement simple… Tout le reste, tout le reste, dans le passé, le présent et l’avenir, est absolument indifférent.
Et un soldat ose ajouter cette phrase, qu’il commence pourtant à voix presque basse :
— Si la guerre actuelle a fait avancer le progrès d’un pas, ses malheurs et ses tueries compteront pour peu.
Et tandis que nous nous apprêtons à rejoindre les autres, pour recommencer la guerre, le ciel noir, bouché d’orage, s’ouvre doucement au-dessus de nos têtes. Entre deux masses de nuées ténébreuses, un éclair tranquille en sort, et cette ligne de lumière, si resserrée, si endeuillée, si pauvre, qu’elle a l’air pensante, apporte tout de même la preuve que le soleil existe.

1916

Alors que 1916 va être marquée par la bataille de Verdun et celle de la Somme, « seulement » trois noms, d’enfants de Chartainvilliers, sont gravés, au titre de cette année, sur le monument aux Morts du village.

Vous trouverez, en fin d’article, la relation des combats de l’unité dans laquelle ils servaient le jour de leur disparition.

Un moral bon

Le moral des populations d’Eure-et-Loir au début 1916, selon un rapport rédigé, le 22janvier 1916, par le sous-préfet de Châteaudun, «  … continue à être bon. Il n’y a plus l’enthousiasme qui suivit la Victoire de la Marne, on constate de la lassitude, beaucoup de résignation, mais tout bien pesé le moral reste très bon…

Au surplus, nos populations essentiellement agricoles, souffrent relativement peu des hostilités. Le manque de main-d’œuvre se fait certes cruellement sentir partout, nos paysans sont obligés de se livrer à un travail dur et acharné, mais les bénéfices de la terre sont tels, aujourd’hui, qu’ils compenseraient largement tout le mal que les cultivateurs se donnent, si ceux-ci n’étaient préoccupés par les dangers que courent les leurs sur le front.

Les allocations largement accordées permettent aux familles les plus pauvres de se tirer d’affaire. Il n’y a pas de chômeurs, tous ceux qui désirent du travail en trouvent à bonnes conditions.

On se dit tout de même que la guerre est bien longue et ce sentiment se révèle surtout chez ceux qui, de par leurs fonctions, ont la responsabilité de l’administration communale.

Les maires ou ceux qui en remplissent les fonctions sont pour la plupart âgés ou valétudinaires, leurs secrétaires se trouvent dans les mêmes conditions d’âge et de santé. Il n’est pas de semaine que je ne reçoive la démission de quelque magistrat municipal. Jusqu’à présent j’ai pu, en me rendant sur les lieux, et en faisant appel à leur patriotisme, faire revenir sur leurs décisions ceux que la lourdeur et la durée de la tâche décourage un peu trop, mais il règne dans nos administrations municipales un malaise qui ne peut que croître et qu’il sera bon de surveiller  de très près ».

Appréciation confirmée dans le rapport écrit par le Sous-préfet de Nogent-le-Rotrou, le 22 février 1916, qui mentionne : « … La longueur des hostilités n’a jusqu’ici amené aucune lassitude…

Si donc le moral de nos populations est toujours aussi élevé, leur foi patriotique aussi robuste, est-ce à dire qu’il n’existe pas de mécontentement grave ?

Je dois au contraire vous signaler plusieurs causes de mécontentement dont la gravité ne saurait être méconnue.

En premier lieu, dans les agglomérations d’une certaine importance la vie chère cause dans les classes moyenne et ouvrière, une irritation dont il importe de se préoccuper. L’élévation toujours croissante des denrées de première nécessité, de la viande, du bois, du charbon surtout, dont les prix deviennent inabordables, accentue chaque jour cette irritation.

Dans les campagnes, la rareté de la main-d’œuvre, son prix élevé, l’augmentation du prix des graines et des engrais entraînent chez les plus fortes et les plus vaillantes cultivatrices un découragement inquiétant. J’insiste particulièrement sur la rareté de la main-d’œuvre : les ouvriers militaires mis à disposition des cultivatrices n’ont pas, pour la plupart, donné satisfaction à leurs employeurs. Il faut reconnaître que les équipes militaires ont été souvent composées de mobilisés dont les professions ne les préparaient nullement aux travaux agricoles. Par contre, les cultivateurs mobilisés ont été souvent envoyés dans les fermes de Normandie et de Bretagne, alors qu’ils auraient travaillé utilement chez eux.

De là, ce mécontentement profond déjà, qui a entraîné l’abandon de certaines cultures et menace d’entraîner d’autres défections.

J’ajoute que dans cette région du Perche où l’élevage tient une si grande place, on se plaint des réquisitions d’avoine qui paraissent excessives. Les greniers sont vides, il ne reste rien pour les jeunes animaux des races chevaline et bovine. Ces animaux n’ont pas eu cet hiver de nourriture suffisamment réconfortante ; ils ne résistent pas aux maladies et la mortalité devient considérable. Cette situation augmente encore le découragement de nos cultivatrices…

Une question à laquelle j’attribue une importance secondaire, mais qui mérite cependant de retenir l’attention est celle de l’exploitation des bois, presque complètement arrêtée… ».

Dans ce contexte, on comprend que les différents emprunts lancés pour aider au financement de l’effort de guerre connaissent un certain succès en Eure-et-Loir.

Ainsi, l’ Emprunt National de 5 %, initié en 1915, a été souscrit, dans les deux comptoirs de la Banque de France du département, par 1 437 personnes, pour un montant de rente de 640 244 francs, et un capital nominal de 12 804 880 francs.

Dettes, solidarité et logement de l’enseignante au menu du Conseil municipal

A Chartainvilliers, en ce début d’année 1916, le Maire, M. Touchard Charles, étant toujours mobilisé comme Maréchal des Logis à l’escadron territorial de cavalerie légère de Châteaudun, le Conseil municipal présidé par l’Adjoint au Maire a pour préoccupation de solder sa dette auprès d’un soldat, Mr REGNIER Edmond, qui a dirigé le bal public lors de la fête du 14 juillet 1914.

Ce jeune homme ayant été mobilisé n’a [pu produire] sa note de dix francs que ce jour, où il est en permission.

Les membres présents décident d’allouer la somme annuelle de vingt francs pour la société d’assistance aux orphelins de la guerre, ainsi qu’une somme de quinze francs en faveur du Comité fédératif de Secours aux prisonniers de Guerre de l’arrondissement de Chartres.

La fréquentation scolaire

« La fréquentation scolaire n’était pas très satisfaisante, avant la guerre, dans les milieux ruraux ; la rigueur du dernier hiver, les événements en cours ont encore accru le nombre des absences. Pendant les froids rigoureux que nous avons subi, beaucoup d’enfants, parmi les plus jeunes, ont manqué la classe. Des écoles ont été fermées par suite du manque de combustible. Dans certaines campagnes, pendant les derniers mois de l’année scolaire, l’insuffisance toujours plus grande de la main-d’œuvre est cause que les classes sont désertées ; il n’y reste que les jeunes élèves. Les autres motifs invoqués pour expliquer les absences sont souvent d’une lecture pénible : le manque de vêtements, le manque de chaussures surtout ; cela fait un effet lamentable dans la colonne d’observations du registre d’appel.

Mais une cause importante de mauvaise fréquentation est la négligence des parents, l’indiscipline des enfants qui, en l’absence du père mobilisé, sont presque les maîtres dans la maison et décident eux-mêmes d’aller ou de ne pas aller à l’école tel jour.

Si la population scolaire diminue visiblement par le haut, pourrait-on dire, chez les enfants au-dessous de 11 à 13 ans, elle s’accroît par le bas, chez les enfants au-dessous de 6 ans. Les instituteurs et les institutrices rendent les plus grands services aux parents en se chargeant de la garde des enfants au-dessous de l’âge scolaire ».

Source : Rapport de l’Inspecteur d’Académie du 8 août 1917 sur la situation des écoles publiques et privées dans le département d’Eure-et-Loir en 1916 (PV du C. Gal 1917 p.283-286)

Les écoliers aux champs

A noter que les écoliers rendent aussi des  « services » dans les champs en participant aux travaux agricoles.

Selon un décompte réalisé au titre de l’année 1917, dans le département d’Eure-et-Loir, la « main d’œuvre scolaire » a permis de récolter 35 449 kg de pommes de terre, 3 583 kg de choux, 2 708,05 kg de haricots, 10 955 kg d’autres produits, 46 litres d’oignons et d’élever 2 porcs, 1 chèvre, 291 lapins et 68 volailles pour une évaluation du produit net à hauteur de 12 879,15 F.

Montants le plus souvent reversés à la caisse des Œuvres des Pupilles de l’école, à la cantine scolaire, au Bureau de bienfaisance, ou comme secours en nature aux familles de réfugiés.

Source : Archives départementales d’Eure-et-Loir  6 M 17

L’approvisionnement : première préoccupation

L’une des principales préoccupations de cette 3e année de guerre est l’approvisionnement des populations et des troupes.

Pour ce faire, des restrictions sont mises aux militaires détachés dans les préfectures, sous préfectures et mairies. Ainsi, le 12 décembre 1915, le ministre de la Guerre donne comme instruction aux commandants de région militaire « de poursuivre, [en] accord avec les autorités civiles intéressées, la réduction incessante des hommes détachés dans les administrations et services publics ».

Dans le même temps, le même ministre fait savoir que les territoriaux justifiant de l’exercice d’une profession agricole, stationnés dans la zone de l’intérieur, ne peuvent se voir refuser une permission de semailles à laquelle ils ont un droit certain.

La main d’oeuvre agricole est attendue, et les travaux des champs sont une priorité.

C’est ce que confirme ce courrier, d’avril 1916, d’un jeune de Chartainvilliers à son père mobilisé ;

« Cher père

Nous avons reçu votre dernière lettre avec plaisir ,,, je n’écris pas souvent mais de ce temps-ci les jours sont longs et l’on aime bien se reposer quand arrive le soir.

De ce temps-ci, on est en train de rouler avec le gars D…, On a bientôt finit les blés et les luzernes y sont déjà et une bonne partie des avoines y sont aussi. Le matin il ne fait pas de rosée, on va finir de rouler. M… est revenu en permission de 11 jours, cela va nous faire du bien car de ce moment-ci il y a de l’ouvrage. Il a semé du nitrate dans les quatre minots et demi dans les champs de St Martin et le demi arpant le long de J… et dans les trois minots à la petite voûte où il y avait des betteraves, ainsi que dans l’arpant à la grande voûte, et il a hersé quelques champs où il y avait de l’herbe.

Hier après-midi, il a labouré le champ à M…, en bas du frou, car on y fera de l’oignon bientôt et des carottes. … Il a été aussi herser le champ à Grogneul, on va y faire des pommes de terre après, car la saison commence à s’avancer.

On finira de fumer le champ aux bornes le long de M… et préparerait la terre pour faire des betteraves. Quant aux fourrages, il y a des champs ou il n’y en a pas beaucoup. …,

Je ne vois plus rien à vous dire pour le moment, que de vous serrer, votre fils qui vous aime.

C….».

Au marché de Chartres, les prix affichés, le 3 juin 1916, sont :

Poulets maigres, 4,75 à 7,25 la paire

Poulets gras, 12,50 à 13,50 la paire

Canards, 6 à 7 la pièce

Pigeons 2,50 à 3 la paire

Lapins domestiques, 4,50 à 6,00 la pièce

Chevreaux, 6 à 8

Beurre, 3,60 à 3,80 le kilo

Œufs, 1,65 à 1,75 la douzaine

Fromages, 1,50 à 1,60 la pièce

Pain blanc, 0,40

Cela conduit le conseil municipal du village à décider que « la somme de cent cinquante francs votée par délibération en date du 27 août [1916] pour permettre au Bureau de Bienfaisance d’effectuer ses opérations, soit employée pour le paiement de la fourniture du pain et de la viande».

Du fait de la hausse des prix, se nourrir est une réelle préoccupation, même en zone rurale.

Aussi, au fil des pages des journaux locaux, soumis à la censure militaire, on peut lire que, « Plusieurs procès-verbaux ont été dressés contre des chasseurs de la région (de Néron) , dont les papiers n’étaient pas complètement en règle»  ou bien que « M. Dieu Sulpice, homme d’équipe au chemin de fer, et son fils Clément, soldat au 404e régiment d’infanterie, en permission, ont été pris au lieu dit « les Marmousets » (Droué) par les gendarmes d’Epernon en attitude de chasse alors qu’ils n’avaient pas les autorisations nécessaires. Procès-verbal leur a été dressé. (Journal de Chartres des 01/01/1916 et 04/02/1916)

Ces infractions à la chasse se multiplient d’autant plus que « la destruction du gibier qui, par arrêté du ministre de l’Agriculture, avait été autorisée jusqu’au 31 janvier [1916], a pris fin à cette date.

Jusqu’au mois d’avril la destruction des lapins, qui sont classés parmi les animaux nuisibles, sera toutefois permise aux propriétaires de chasses, ou aux fermiers munis d’une autorisation spéciale qui leur sera délivrée sur leur demande par les préfets ».

Dans le même temps, la gendarmerie enregistre des plaintes pour des vols :

– De lapins, comme à Maintenon, début mars 1916, où, lors de la « visite » du clapier de Mme Oger Pierre, gérante de la laiterie Maggi, deux superbes lapins blancs, estimés à 9 fr. 50, lui ont été soustraits;

-Ou de denrées alimentaires, comme en juin 1916, à Thélèville, chez M. Guabault Raphaël, cultivateur a constaté qu’une certaine quantité de denrées alimentaires, placées dans un fournil servant de cuisine, avaient été dérobées. Le montant du vol s’élève à 20 francs.

Dans le même temps, des falsifications sont réprimées. Ainsi, dans sa séance du 27 novembre 1916, le Tribunal Correctionnel de Dreux condamne, respectivement, à 30 francs et à 25 francs d’amende deux cultivatrices, qui ont mis en vente du lait falsifié en y ajoutant, pour la première, 10% d’eau et, pour la seconde, 5%.

Une cultivatrice de Thimert, qui a, le 23 septembre, renversé volontairement un seau de lait dans lequel un inspecteur des fraudes allait opérer un prélèvement est condamnée à 200 francs d’amende.

Sur un autre registre, on voit des élus, comme le Docteur Poupon, Conseiller Général et Maire d’Auneau, protester, dans un courrier, en date du 20 novembre 1916, adressé au Préfet, contre les exigences du ravitaillement, et notamment contre la réquisition faite aux agriculteurs de sa commune de fournir, au titre du mois de novembre, 250 quintaux de blé pour assurer le ravitaillement civil du département.

L’heure d’été et des restrictions d’éclairage

C’est par un décret de loi, signé par le Président de la République Raymond Poincaré, que l’heure d’été est instituée pour la première fois en France, le 9 juin 1916. « Dans la nuit du 14 au 15 Juin, à 23 heures, l’heure légale sera avancée de 60 minutes. L’heure normale sera rétablie le 1er Octobre… ».

Au début du siècle dernier, la principale source d’énergie industrielle et domestique était le charbon. Mais les départements qui en produisaient le plus, dans le Nord-Est de la France, étaient occupés par les Allemands. En 1916, la pénurie commençait à s’installer. Le charbon devait servir à l’industrie pour l’effort de guerre. A Paris, un député, André Honnorat, présente une loi, qui consiste à changer d’heure pour bénéficier plus longuement de la lumière naturelle. C’est l’heure d’été. grâce à laquelle on pourrait, notamment, faire des économies d’éclairage.

« La prolongation de la guerre nous fait un devoir impérieux de ne négliger aucune source d’économie » déclare André Honnorat. Mais à la chambre des députés, le changement d’heure fait l’objet de vives discussions. On lui reproche de vouloir détraquer le mécanisme de la nature…. André Honnorat reçoit des lettres d’insultes et des menaces de mort.

Pourtant, deux pays ont déjà opté pour l’heure d’été : l’Allemagne le 30 Avril, et le Royaume-Uni le 21 Mai. L’heure d’été est adoptée le 9 Juin 1916. Des télégrammes sont transmis aux préfectures, des affiches sont placardées dans tout le pays. 

Elle sera reconduite d’année en année jusqu’à la seconde guerre mondiale. Elle refait surface en 1973, lors du choc pétrolier… « La France n’a pas de pétrole mais elle a des idées » dit le slogan… Et parmi ces idées c’est l’heure d’été rétablie le 28 mars 1976. 

* * *

L’évolution des prix ne concerne pas que la nourriture, mais aussi l’énergie, de ce fait, en novembre 1916, sur la proposition de son Président, « Vu l’augmentation du prix du charbon, le Conseil Municipal décide de voter une somme de vingt-cinq francs pour supplément de chauffage de la Mairie ».

Il est vrai que dans son édition du 18 novembre 1916, le journal Le Progrès indique que « dans la nuit du jeudi [16/11] au vendredi [17/11], le thermomètre est descendu jusqu’à 5° au dessous de zéro… L’hiver ne fait que commencer.

Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines, disent les pauvres gens qui voudraient bien voir, au plus vite, solutionner la question du chauffage, aussi urgente que celle de l’alimentation. »

« Considérant qu’il y a lieu de réduire la consommation de certains produits nécessaires à la défense nationale, notamment du charbon, du pétrole et de l’essence », le 16 novembre 1916, la Préfecture d’Eure-et-Loir a pris un arrêté limitant l’éclairage des magasins et lieux publics. Ainsi, à dater du 20 novembre 1916, après 18 heures, les magasins de vente et d’exposition ne pourront pas être éclairés au gaz, à l’électricité, au pétrole, ou essence, sauf les samedis, les veilles de jours fériés, les jours de foire ou de marché.

Iles théâtre, concerts, music-halls, cinémas devront, en ce qui les concerne, fermer un jour par semaine. »

5 299 hectares non cultivés au 31/12/1916

Selon une note de Charles-Victor Garola, directeur des Services agricoles, 5 299 hectares de terres étaient « non cultivés » au 31 décembre 1916, dont 448,5 hectares dans le canton de Maintenon.

Cela montre la déprise des terres agricoles durant la Guerre.

Deux évadés repris dans une ferme de Chartainvilliers

Le 5 février 1916, les gendarmes ont arrêté, chez un cultivateur de la commune, les nommés Peyer Louis, âgé de 17 ans, et Courvoisier Louis, tous deux évadés de la colonie pénitentiaire de Mettray.

Cette colonie agricole et pénitentiaire a été créée à la fin des années 1830. Elle est liée au mouvement philanthropique et à ses réflexions sur le statut des enfants et l’univers carcéral. À l’époque, la séparation entre détenus majeurs et détenus mineurs n’existe pas. Quelques humanistes décident d’aménager la vie des jeunes délinquants jusqu’ici emprisonnés avec les adultes.

En avril 1839, Frédéric-Auguste Demetz démissionne de la magistrature pour fonder (le 4 juin 1839), sur un domaine de 700 hectares mis à disposition par le vicomte de Bretignières de Courteilles, la première colonie agricole et pénitentiaire sise à Mettray, dans les environs de Tours.

Cet établissement privé comporte, outre le réfectoire et les dortoirs, une chapelle, des ateliers, des étables, des fermes-écoles, de vastes champs cultivés et même une carrière de pierres. Il accueille les jeunes garçons acquittés par les tribunaux pour avoir agi sans discernement, ceux condamnés à des peines d’enfermement supérieures à six mois et n’excédant pas deux ans, les mineurs détenus par voie de correction paternelle, les enfants de l’Assistance publique placés par les services départementaux et, après la loi du 22 juillet 1912, les jeunes placés par les tribunaux.

Il y a deux sortes de colons, les sédentaires et les cultivateurs. Ils sont classés d’après leurs aptitudes et toute personne extérieure à la colonie qui cherche un apprenti peut consulter le classement pour y trouver les compétences dont il a besoin, ainsi que le tableau d’honneur des colons concernés. La colonie de Mettray est organisée en divisions de 24 enfants (ou familles), regroupés « d’après leur âge et leur conduite ».

Les pensionnaires font l’objet d’une surveillance constante. Ils ont la tête rasée une fois par mois et portent un uniforme.

Les élèves sont logés, nourris et instruits gratuitement, mais ils doivent subvenir à toutes les autres dépenses. Pour ce faire, les sommes qui leur sont dues au titre de leurs travaux sont portées sur un livret et celles qu’ils dépensent au magasin de la Colonie en sont déduites, la rétribution du travail étant fixée « de manière à ce que le montant annuel du gain n’excède pas d’une proportion déterminée la somme nécessaire pour subvenir aux dépenses laissées à la charge de l’élève » .

Le travail est pénible, la nourriture médiocre : pour une journée, 750 grammes de pain rassis (« de la surveille » et distribué en quatre fois), un litre de soupe maigre au déjeuner et au dîner, accompagné chaque fois de légumes secs. Le jeudi et le dimanche, les pensionnaires ont droit à la soupe grasse accompagnée de 75 grammes de viande cuite désossée.

Les fautes sont sanctionnées par des amendes, des retenues, la réclusion en cellule au pain et à l’eau (lorsqu’il y a insubordination ou mauvaise conduite). Le règlement prévoit cependant que « les élèves ne peuvent jamais être frappés » (règlement, article 148) et que « aucun genre de travail ne pourra être considéré comme objet de punition » (règlement, article 150), de même « [qu’]aucune punition n’entraîne pour l’élève puni la suspension du travail ».

Malgré la présence d’une infirmerie et d’un service médical, les décès, par accident, maladie, meurtre ou suicide, sont monnaie courante. Les estropiés et les malades chroniques qui ne peuvent plus exercer leur activité laborieuse doivent quitter la colonie.

L’institution, portée au début par l’enthousiasme de ses promoteurs, va des problèmes financiers et péricliter. Visée par des campagnes de presse contre « les bagnes d’enfants », elle finit par être fermée en 1939. Pendant la durée de son activité, Mettray vit passer entre ses murs plus de 17 000 enfants.

L’écrivain français Jean Genet a évoqué dans son livre Miracle de la Rose l’expérience qu’il a vécue à Mettray. Il l’évoque également dans son autobiographie Journal du voleur (aux pages 197 et 198 de la collection Folio), et dit de cette prison que si elle « comblait (ses) goûts amoureux » elle « blessa (sa) sensibilité ». Il en parle comme d’un endroit vil. Il écrit dans le Miracle de la rose : « Chaque paysan touchant une prime de cinquante francs par colon évadé qu’il ramenait, c’est une véritable chasse à l’enfant, avec fourches, fusils et chiens qui se livrait jour et nuit dans la campagne de Mettray ».

[Source:Wikipedia _11/2015]

A l’Est et au Nord, l’orage de la Guerre va se déchaîner

Du 21 février au 18 décembre 1916, c’est l’enfer de Verdun où, sur à peine une vingtaine de kilomètres carrés, 162 000 Français et 143 000 Allemands sont tués, et environ 200 000 autres, dans chaque camp, sont blessés.

En dix mois, plus de 60 millions d’obus s’abattent sur les bords de la Meuse. L’offensive de l’armée allemande se voulait décisive, elle se transforma en une interminable guerre dans la guerre où, de part et d’autre, la prise d’une tranchée passait pour une victoire inespérée

Du 1er juillet au 18 novembre 1916, un autre front s’embrase, moins connu, et pourtant plus meurtrier: celui de la Somme.

Cette bataille de la Somme a été la plus meurtrière du premier conflit mondial.

Avec 470 000 morts et 600 000 blessés, dans les deux camps, elle a fait près de deux fois plus de morts et de blessés que celle de Verdun. L’armée britannique y a perdu 200 000 hommes.

Des blindés sont utilisés pour la première fois en septembre par les Britanniques. Les combats durent jusqu’en novembre

La vie dans les tranchées

Un « poilu » d’Eure-et-Loir adresse au Patriote de Châteaudun cette intéressante relation :

La soupe du soir est partie.

Les hommes de chaque escouade sont venus toucher la marmite de soupe et celle de « singe-haricots », c’est le moment où le « cuistot », sortant sa pipe de son « falzar » graisseux se permet d’en « bourrer une ».

La journée a été dure, la cuisine, installée à deux cents mètres de la première ligne, au milieu du fourré est constituée de trois côtés de claies et recouverte d’une vague tôle ondulée, transformée par les éclats en une passoire chargée de filtrer dans le cou du cuistot les gouttelettes qui durent encore deux heures après la pluie.

La pipe allumée, assis sur un sac de boules, il goûte quelques minutes de repos, lorsque tout à coup un sifflement bien connu lui fait dresser l’oreille : « c’en est un ». Et de fait, deux secondes après, l’éclatement … boum ! Rien de cassé ! A vingt mètres en avant … boum ! voici l’autre …, fuite !

La pipe réintègre la poche et le cuistot, à plat ventre au fond d’une rigole destinée à l’écoulement des eaux plus ou moins grasses attend la fin de la rafale ; dix minutes d’un bruit d’enfer et d’accalmie. Ca y est ! encore une de passée !

Il est six heures ; le ravitaillement ne viendra, par voie ferrée, à proximité du bois, que le soir, neuf heures, dix heures… on ne sait au juste ; c’est le moment d’en « écraser » une heure ou deux.

Neuf heures. Le caporal Patates apparaît : « Debout là-dedans ! ! L’ordinaire ! »

On saute sur la boîte contenant le masque, sur le casque.

« Première section ? Présent ! Deuxième ? Présent ! Troisième ? Présent ! Quatrième ? Présent ! En route ! ».

Et le défilé des cuistots, l’un portant la barrique au « pinard », l’autre les seaux au « tacot », un troisième les sacs à pain, à viande, et le reste s’achemine vers le point où se fait la distribution.

1 500 mètres sous bois. Nuit noire.

Dans le bois, les rigoles croisent les rigoles, les boyaux croisent les boyaux, chevauchés par-ci, par-là de passerelles de fortune. A la queue-leu-leu les cuistots se suivent trébuchant sacrant…

On arrive.

L’adjudant chargé du ravitaillement, grimpé dans le wagon à marchandises, préside la distribution en criant :

– La 15e ! La 15e à la viande ! La 15e au pain ! au vin ! au singe ! au pétrole ! au bois ! au tacot !

Les hommes se chargent chacun un colis sur le dos et le retour s’opère !

Oh ! les bûches ! oh les trous ! les glissades dans la glaise, le bouchon ramassé sous la charge des 30 kilos de riz que l’on souhaiterait aux cent mille diables !

Le fût de « pinard » porté à deux sur une civière, balloté, secoué, bousculé !

Mais tout arrive à bon port. Le Boche a bien tiré une vingtaine de 77 dans la direction de la voie ferrée, mais à 25 mètres à droite ! Un moment de vague, une minute d’angoisse, et puis c’est fini. Quel mauvais pointeur !

Et chaque jour, chaque soir le cuistot s’en va… et revient … et recommence la journée du lendemain en portant le « jus » aux copains en première ligne, au petit poste, à la cagna de ceux qui reposent, fait la « croûte », porte à midi le « pinard » et le soir à nouveau le « jus » en attendant le … ravitaillement.

Aux tranchées, 14 mai 1916

M.P.      [Source : Le Progrès 12/05/1916]

Les faits divers du quotidien

Le quotidien est également constitué de faits divers, ainsi, le 07/03/1916,  « vers 14h30, un train de voyageurs allant vers Dreux a heurté en gare de Maintenon un train de marchandises, en manoeuvrant sur la voie. Dégât matériel d’un wagon de ce dernier train, wagon où se trouvaient des moutons ; la locomotive du train de voyageurs a elle aussi subi quelques dommages.

Une locomotive de secours venue de Chartres a remorqué le train de Dreux vers 18 heures ». [déjà des retards sur les lignes ferrées ! ]

Le 10 mars 1916,  vers 10 heures, entre Chartainvilliers et Maintenon, l’auto militaire n°98.108, pilotée par le soldat C… a, sur la route nationale Paris-Chartres, butté contre un tas de terre. Sous le choc, la roue avant, de droite, s’est détachée, et le pare-brise s’est brisé. Le conducteur, lui, s’en est tiré avec une dent cassé. Le véhicule a été remorqué par un camion militaire jusqu’à Maintenon.

Plus tragique, « dans la nuit de samedi (11/03/15) à dimanche (12/03/1915) un tamponnement s’est produit, en gare de La Loupe : un train de marchandises est entré en collision avec l’arrière d’un train de voyageurs ; ces derniers, en majeur partie étaient des militaires parmi lesquels 7 ont trouvé la mort ; 53 sont plus ou moins grièvement blessés ».

Un vagabond italien arrêté à Maintenon

En mars 1916,  les gendarmes ont arrêté à la gare de Maintenon, un vagabond [italien] qui a dit se nommer Poblini Louis, être âgé de 24 ans et né à Milan. Il n’avait sur lui aucune pièce d’identité.

Au 15 avril 1916, sur les 11 trains desservant Paris/Chartres, 5 s’arrêtent à St-Piat.

Il faut 2h22 pour rallier (ou revenir) de la capitale à St-Piat.

A titre d’humour, on peut lire, dans le Progrès du 9 décembre 1916,  l’histoire suivante :

Le chef de gare, il est … goguenard :

– Je vous dis que nous n’avez plus que le train de 10 h 28 !

– Comment, Monsieur le chef de gare, il n’y en a pas un avant ?

– Non, … il n’y en pas à vent,… ils sont tous à vapeur!…

En mai 1916, à Bouglainval, pour avoir omis d’afficher, dans son débit, le texte de loi, sur l’ivresse, une débitante de la commune a récolté un procès-verbal.

Il est vrai que le même mois, à Bouglainval, un journalier étant en état d’ivresse a frappé sa femme si brutalement que celle-ci a porté plainte à la gendarmerie.

Toujours en mai 1916, un acte de solidarité est enregistré à Mévoisins, où les membres de la Société de chasse et de la compagnie de Sapeurs pompiers de cette commune ont décidé de prélever, sur leurs recettes, la somme de 160 francs « pour être partagée entre tous les enfants de la commune actuellement sur le front ».

En juillet,  les gendarmes arrêtent sur la route nationale de Maintenon, le nommé Lebaud Ferdinand, âgé de 28 ans, originaire de Luçon (Vendée), déserteur du 265e régiment d’infanterie.

De son correspondant à Maintenon, Le Progrès du 23/12/1916, nous apprend que le mercredi 20 décembre, en garnissant une lampe à essence, Mme C…, mère d’[un] cultivateur bien connu a communiqué le feu à ses vêtements….Elle [a succombé] au bout de deux heures, après d’atroces souffrances.

LES MORTS en 1916

DE CHARTAINVILLIERS

Aurélien PAPILLON   33 ans,  né le 29 mai 1883, cultivateur – 317e Régiment d’infanterie (RI)

V 09/03/16 Massiges (Marne) « tué à l’ennemi » Mort pour la France

317e Régiment d’Infanterie

Dés le 2 janvier [1916], le 317e se trouve réuni dans le secteur à peine organisé de Maisons-de-Champagne.

Il y subit, le 9, une terrible attaque pour laquelle les allemands emploient des armes nouvelles et barbares.

Les hommes surpris plient un instant, mais, grâce à leur morale élevé  et conception de leur idée de Patrie, ils se reprennent et opposent bientôt à l’ennemi  une barrière infranchissable.

Dans ce secteur très dur, le 317e subit encore, le 6 mars, une nouvelle attaque que supporte vaillamment le 4e bataillon.

Seule une compagnie privée de ses chefs a dû céder un peu de terrain ; le chef de bataillon demande à ce que son unité ne soit pas relevée et à ce qu’il lui soit permis de reprendre elle-même le terrain perdu. En effet, un groupe de volontaires s’élance et reprend les tranchées, faisant 69 prisonniers, dont 8 officiers.

Si le 317e sait tenir, il sait aussi attaquer.

Le 3 mai, il exécute un brillant coup de main.

Après six mois de travaux et de combats dans ce secteur, le régiment part avec la 8e division pour Verdun.

Où il arrive le 9 juillet.

Source : Historique du 317e régiment d’infanterie

* * *

Séraphin BLONDEAU   26 ans,  né le 24 avril 1890, charretier – 28e RI 3e corps

V 21/04/16 dans l’ambulance suite blessures à Dugny (Meuse)  Mort pour la France

28e régiment d’Infanterie

21 avril (vendredi)[1916], 6 h : Violent bombardement d’artillerie lourde sur R1 et R2

8 h : L’abri R1 est démoli. Le Lt Taffary, le S/Lt Langier et une quarantaine d’hommes sont blessés (9e Cie et CM2)

Dans la matinée, le tir d’artillerie continue très intense sur R1et R2. La 9e Cie est très éprouvée.

9 h : L’artillerie ennemie bat la croupe au S. de R1, R2 et le PC du Lt Colonel

Une attaque ennemie sur ces points paraît possible. Compte rendu de la situation est adressé à la Division (fort de Tavannes)

9h40 : Cette situation est également signalée à l’artillerie par le Colonel qui demande un tir lent et continu sur les tranchées allemandes en face de R1 R2.

13h : En prévision d’une attaque ennemie, le Colonel donne l’ordre préparatoire suivant : suspendre tous les travaux, réduire les corvées au minimum.

14 à 15 h : R2 est soumis à un bombardement intense d’artillerie lourde. Les effectifs de ce retranchement sont très éprouvés.

L’observation signale que les Allemands garnissent les tranchées et les trous d’obus au Sud de vaux.

15h10 : Le Colonel demande à l’artillerie d’augmenter l’intensité de son feu.

15h40 : L’artillerie annonce qu’elle va tirer 400 coups par batteries

16h35 : Bombardement intense du PC du Colonel en lourd.

16h50 : R2 (12e Cie) rend compte que les allemands n’ont pas évacué leurs tranchées et que R2 est battu par la fusillade dès qu’un homme se montre.

Demande est faite  à l’artillerie de porter son tir au maximum d’efficacité.

18h30 :  Le colonel donne l’ordre à exécuter vers la tombée de la nuit…

20h : Des renseignements reçus de la droite de notre première ligne, il résulte que malgré la violence du tir ennemi R3 a eu peu de pertes et qu’à R2 même, la 12e Cie aurait encore un effectif de 75 hommes.

Les tranchées de 1ère ligne sont complètement bouleversées par le bombardement.

Les premières lignes allemandes paraissent garnies d’infanterie. Elles tiraillent contre les isolés circulant en arrière de R2 et de R3.

20h30 : Le tir de notre artillerie diminue d’intensité.

Le tir de l’artillerie allemande ne s’exerce plus sur la 1ère ligne, il est dirigé sur les boyaux et voies d’accès, gênant les mouvements ordonnées pour la tombée de la nuit.

22 avril (samedi) Nuit calme.

5 à 8 h : Calme relatif

… »

Dans ces combats d’avril 1916, le 28e Régiment d’Infanterie dénombra : 148 tués, 532 blessés et 9 disparus.

Le 21 avril 1916, il y eu 21 évacués vers le poste médical.

Source : Journal des Marches et Opérations – Mémoire des hommes

* * *

Raphaël PAPILLON    36 ans,  né le 6 mars 1880, berger – 236e RI

V 20/07/16 secteur de Foucancourt (Somme) « tué à l’ennemi »  Mort pour la France

236e régiment d’infanterie

« L’attaque devait avoir lieu le 18 [mars 1916]. Par suite des entraves apportées à la préparation d’artillerie, elle dut être reportée au 20. 

Les hommes étaient déjà fatigués. Le 20, ils l’étaient bien davantage. Malgré cette fatigue générale due à la prolongation du séjour au contact de l’ennemi et aux corvées de transport de torpilles, le Rgt a rempli son devoir avec un entrain et un esprit de sacrifice auxquels je dois rendre hommage.» (Source : Journal de Marches et d’Opérations du 236e R. I.)

« … Le 20 [juillet] 5 heures, les deux bataillons en ligne se portent en vagues d’assaut vers leurs objectifs qui pour le bataillon Deportes est bientôt franchi ; mais le bataillon Broyelle ayant à faire à plus forte partie conquiert la moitié du bois de Soyécourt  qu’une contre-attaque ennemie, très forte en nombre, l’oblige à évacuer.

La lutte est terrible, les Allemands se sont ressaisis, leur artillerie nombreuse appuie leurs mitrailleuses. Les contre-attaques massives se déclenchent de toutes parts obligeant nos héroïques soldats à se replier.

Dans la soirée une partie du terrain conquis reste entre nos mains. Les pertes étaient lourdes : Capitaine Sivan, Lieutenants Perret, Guédon, de Mecquenem tués – ce dernier assassiné par un officier boche qui s’était rendu.

Quoique élevées, elles le sont moins que celles des Allemands.

Le régiment est relevé de ses positions par le 262e et, après un repos de quelques jours, …, il remonte en ligne où il reste jusqu’au 6 août 1916 ».

Source : p. 26-27 « Historique du 236e régiment d’Infanterie  – Campagne 1914-1918 » – 1920 A. Olivier Imprimeur-Editeur à Caen

« Les pertes totales du 28 juin au 21 juillet 1916 [du 236e RI] s’élèvent à : 4 officiers tués, 8 officiers blessés, 88 « hommes de troupes » tués, 10 disparus et 317 blessés. ».

(Source : Journal de Marches et d’Opérations du 236e R. I.)